Plan de gestion forestier
Février 2022

Vers un nouveau plan simple de gestion

Si une association responsable voulait s’emparer d’un sujet aussi important que les forêts françaises, elle devrait d’abord veiller à s’informer de la complexité du sujet et écouter

C’est la condition première de notre crédibilité et de l’efficacité de notre action.

Nous sommes aujourd’hui en effet confrontés à une dégradation progressive de l’image des forestiers par une désinformation générale assez évidente de l’opinion publique, ignorante en majorité de ce qu’est la forêt, qui la prendrait plutôt pour un grand parc de loisirs à destination des urbains, ou pour une zone naturelle protégée, voire même sanctuarisée.

Il en résulte logiquement quelques manifestations violentes de militants voulant empêcher l’exploitation séculaire de nos forêts et même aussi des actes indéfendables de vandalisme constatés de plus en plus sur les matériels et engins forestiers des sylviculteurs.

La forêt publique (communale ou d’état) et privée (largement majoritaire) est et reste une richesse écologique, économique, sociale et culturelle depuis des siècles et ce capital est jalousement préservé et augmenté depuis la déprise agricole.

La forêt de France n’a en effet jamais été plus importante en surface et l’accroissement annuel n’y est pas exploité en totalité. 

La sylviculture n’est pas que de la monoculture. La forêt n’est pas un “champ d’arbres”. Les forestiers ne sont pas tous des barbares ou des propriétaires sans vergogne. Mais au contraire, ils sont sans doute les premiers écologues et défenseurs de la forêt parce qu’eux-mêmes, la connaissent intimement et depuis longtemps…

La forêt souffre, le forestier souffre.
Il nous faut explorer des voies de réparation et de soin, tant pour la forêt que pour les Hommes.

Nous œuvrons à l’élaboration d’un document, qui n’est ni une proposition, ni un manifeste.
C’est un document évolutif. Sa rédaction est collégiale. Il évolue au fur et à mesure de la rencontre avec les forestiers, et parmi eux, de leurs experts, praticiens, juristes, scientifiques ; il évolue également à mesure de la compréhension que nous avons de leurs filières économiques, de leurs organismes de certification et de contrôle.

La seule ambition de ce document est de construire une expérimentation qui s’incarnera en plusieurs lieux, en différents contextes, avec différentes approches et sensibilités.
Cette expérimentation a la prétention de satisfaire à une exigence de fécondité, que nous définissons comme le fruit de la forêt et du forestier2.
Un fruit que nous présentons sur l’autel de la Vie dans l’espérance de la construction d’un monde plus Vivant. Il nous semble important de préciser quelques données scientifiques qui inspirent les orientations que nous souhaiterions prendre :

1 – Les fractures écosystémiques mondiales nous entrainent vers de l’aridité

Tout d’abord, la monumentale étude coordonnée par l’Université d’Alicante et publiée dans la revue  Science ³

qui fait état de 3 seuils de disruptions qui transforment les forêts en déserts.

Cette étude apporte un état des lieux et propose des aménagements pour inverser le processus.

Notre expérience dans les milieux agricoles aux terres nues, érodées, désertes, met en lumière l’importance de la strate herbacée dans les écosystèmes les plus arides, qui se transforment en strate arbustive lorsque la forêt revient et qui perdurent en sous bois dans la forêt mature.L’hétérogénéité des peuplements, les hauteurs de végétation, le nombre de strates simultanément présentes sont autant de facteurs de résilience : diminution de l’albédo, cycles du carbone et de l’azote, capacité à générer de l’eau :

Pour réhabiliter un secteur qui a subi un effondrement systémique, cette étude envisage les termes du diagnostic et les itinéraires à suivre pour inverser la dynamique.
Cette étude est étayée par des réalisations concrètes.

Nous proposons un processus d’agradation en 4 temps.

1.1– Un sol est toujours couvert

Il se caractérise par :

  • un semis de plantes annuelles de grand développement et de plantes fixatrices d’azote,

  • un couvert végétal continu, dont l’organisation racinaire est proportionnelle à la partie visible,

  • la visite par des herbivores qui maintiennent une productivité carbonée optimale : sans surpâturage.

Sa fécondité s’exprime par :

  • une stabilisation, voire une augmentation du carbone stocké dans le sol,

  • une augmentation de la réserve utile,

  • une augmentation du nombre de vers de terre et, d’une façon générale, de la biodiversité du sol,

  • une amélioration de la structure et de la porosité, notamment dans les parties fortement déstructurées,

  • une climatisation du sol,

  • un arrêt de l’érosion

1.2 – Mise en place du réseau de mycélium de décomposition du bois

Il se caractérise par :

  • son émergence à partir de champignons saprophytes qui décomposent les lignines,

  • un développement sur le réseau racinaire des plantes ligneuses qui abandonnent leur excès de racines lors d’un élagage ou par les souches qui se décomposent dans le sol et, plus accessoirement, par le bois mort qui se décompose à la surface du sol, mais d’autant mieux qu’il est protégé par une couverture végétale vivante,

  • une trame de champignons qui devient permanente, laquelle s’appuie sur la présence de plantes pérennes, ligneuses, arbustives ou couvre-sols ainsi que par de certaines plantes herbacées riches en lignine.

Sa fécondité s’exprime par :

  • la décomposition rapide la matière organique, digérée par les champignons, et par la microfaune du sol,

  • la réduction des inoculums pathogènes,

  • la répartition de l’eau et des nutriments issus de la décomposition à l’intention des plantes en croissance.

1.3 – Arbrement

Il se caractérise par :

  • l’émergence des ronces et la mise en place de plantes ligneuses pionnières,

  • la plantation d’arbres,

  • la consommation par des herbivores ou la fauche régulière d’une partie de la strate ligneuse pour favoriser la présence et la jeunesse de la trame de décomposition du bois dans le sol.

Sa fécondité s’exprime par :

  • l’approfondissement du profil,

  • la porosité, qui traduit aussi une oxydation du milieu,

  • la remontée des bases : alcalinisation,

  • le fait que le sol devient suppressif : de plus en plus propice aux cultures et à la régulation des pathogènes,

  • une meilleure circulation de la biodiversité : la trame biologique devient autorégulante.

 
1.4 – Apparition du sous-étage forestier

Il se caractérise par :

  • la présence de lierre sur les troncs d’arbre,

  • la présence sous les principaux arbres de plantes à feuillage persistant, souvent vernissées et dont la température des limbes est plus froide que le milieu ambiant,

  • l’hétérogénéité de la hauteur des végétaux sur la parcelle.

Sa fécondité s’exprime par :

  • la création de points de condensation dans les parties les plus froides et la captation de la vapeur d’eau d’évapotranspiration en quantité d’autant plus importante que la température est élevée,

  • la gestion de l’eau à l’échelle du paysage,

  • le comblement des carences,

  • la propulsion des excès,

  • la dépollution du milieu,

  • l’apparition de sources.

2 – les trames mycorhiziennes de nos régions ne sont plus adaptées aux conditions climatiques

Ensuite, la non moins monumentale étude réalisée par le Global Forest Biodiversity Initiative 4(GFBI) et publiée dans la revue « Nature »

    


qui nous apprend que 98% des espèces d’arbres de la planète sont associés à des champignons endomycorhiziens .
Ce type de mycorhize constitue une norme biologique (en bleu sur la carte)
Par contre, les 2% restant sont associés à des champignons ectomycorhiziens (en rouge sur la carte).

En terme d’évolution, ce type de mycorhize est une adaptation au grand froid et à l’arrêt de l’activité biologique des sols en hiver.
Il constitue une norme géographique pour les forêts boréales, et les forêts d’altitude.
Les forêts européennes, australiennes et celles du sud de l’Amérique latine, sont sur cette trame de champignons particuliers, inadaptés au réchauffement climatique.

Sous les latitudes proches des nôtres, en Asie, comme aux Amériques, les trames d’avenir sont déjà en place et elles sont composées d’un mélange de deux types de trames (en jaune sur la carte) : ecto- et endomycorhiziennes.
En Europe, l’enrichissement en endomycorhizes de nos forêts depuis la fin de la dernière glaciation, a été freiné par la grande difficulté des migrations végétales en provenance des hotspots de biodiversité équatoriaux.
Le Sahara et la Méditerranée constituent des obstacles difficiles à franchir.
Développer ce mélange de trame revient à complanter des essences ecto- et endomycorhiziennes.

A nos arbres forestiers, nous devons associer des arbres à endomycorhizes : des fruitiers par exemple.

]

Rhizophagus : endomycorhizes dans une racine de vigne. Le champignon établit une relation très étroite avec la plante en pénétrant à l’intérieur de la racine. Il y stocke ses propres réserves qui lui permettent de se nourrir lors des périodes sèches où la photosynthèse des plantes diminue.

Coenococum : ectomycorhizes autour d’une racine de chêne.
Le champignon se concentre à l’extérieur de la racine et garde souvent une capacité saprophyte. Il digère le bois mort en hiver ce qui lui permet de continuer de vivre en absence des nutriments provenant de la photosynthèse des plantes.

2.1 – Quels arbres et végétaux associés sur quelle trame ?
En simplifiant les choses et à titre d’exemple nous rencontrons 5:

Trame à endomycorhizes :

Ajonc d’Europe – Ulex europeaus
Amelanchier – Amelanchier sp.
Buis commun – Buxus sempervirens
Filaires – Phillyrea sp.
Figuier – Ficus carica
Fusain d’Europe – Euonymus europaeus
Groseilles et cassis – Ribes sp.
If commun – Taxus baccata
Genets et assimilés (Cytisus, Citisophyllum, Chamaecytisus, Echinospartum, Genista, Spartium…)
Marronnier d’Inde – Aesculus hippocastanum
Nerprun purgatif – Rhamnus cathartica
Olivier – Olea Europea
Orme de montagne – Ulmus glabra
Plaqueminier – Diospyros kaki
Prunellier – Prunus spinosa, et l’ensemble des taxons cultivés de prunier, pécher, abricotier, amandier,
Ronce – Rubus sp,
Sureau noir- Sambucus nigra
Troène commun – Ligustrum vulgare
Vigne – Vitis sp.
 

Arbres qui commencent leur vie en endomycorhizes et la terminent en ectomycorhizes (x)

Alisier blanc – Sorbus aria
Aubépine et Azerolier – Crataegus sp.
Aulnes blanc et glutineux – Alnus sp,
Bourdaine – Frangula dodonei
Cerisier à grappe – Prunus padus
Cerisier de sainte Lucie (x) – Prunus malaheb
Cormier (x) – Sorbus domestica
Érable champêtre – Acer campestre
Érable plane – Acer platanoides
Érable sycomore – Acer pseudoplatanus
Févier d’Amérique (x) – Gletitsia triacanthos
Frêne élevé – Fraxinus excelsior
Frêne dimorphe – Fraxinus dimorpha
Genévrier commun – Juniperus communis
Genévrier thurifère – Juniperus thurifera
Houx – Ilex aquifolium
Merisier – Prunus avium
Noyer – Juglans sporme – Ulmus sp
Peuplier – Populus sp
Pommier – Malus sylvestris
Pommier domestique – Malus sieversii (x)
Poirier – Pyrus malus et sp (x)
Robinier faux acacia – Robinia pseudoacacia
Saule – Salix sp
Sorbier des oiseleurs – Sorbus acuparia
Sureau de montagne – Sambucus racemosa
Tilleul à petites feuilles – Tilia cordata

Mont Yoshino, Nara – Japon – mosaïque de forêt à ectomycorhizes (conifère) et à endomycorhizes (cerisiers)

 

Arbres ectomycorhiziens, typiquement forestier sous nos latitudes :

Alisier torminal – Sorbus torminalus
Bouleau – betula sp
Cerisier  – Prunus cerasus
Charme – Carpinus betulus
Châtaigner – Castanea sativa
Chêne – Quercus sp.
Épicéa commun – Picea abies
Epinette de sitka – Picea sitchensis sylvatica
Mélèze – Larix decidua
Noisetier – Corylus avelana
Pin maritime – Pinus pinaster
Pin noir – Pinus nigra
Pin sylvestre – Pinus sylvestris Pinus sp.
Sapin – Abies sp.
Douglas – Pseudotsuga menziesii
Tilleul commun – Tilia x europaea
Tilleul à grandes feuilles – Tilia platyphyllos

 

Sur la crête , sol sec et érodé: corridor forestier à ecto et endomycorhizes, dans une peuplement sylvicole résineux à endomycorhizes

Ripisylve à endomycorhizes dans une forêt à ectomycorhizes

2.2 – Faire émerger une nouvelle trame ne se décrète pas.

Dans un sol très vivant on ne transforme pas facilement un microbiote en un autre.
Néanmoins, la nature a pourtant déjà mis en place ces processus d’émergence, en d’autres lieux de la planète et en d’autres époques : les périodes de glaciation et de réchauffement alternent depuis la nuit des temps.

Les trames se succèdent, les nouvelles s’appuyant sur les anciennes. Comme la rapidité du réchauffement nous prend de cours et se traduit par des effondrement de massifs entiers, nous rechercherons à agir en promouvant et en encourageant les processus naturels.

Une question de climax7 :
La quasi totalité des écosystèmes climatiques européens sont, sous nos latitudes, des forêts à ectomycorhizes.
L’équilibre écologique va se déplacer. De nouveaux types de forêts vont apparaître, à l’image de ce qui existe sous nos latitudes, en Amérique du nord, en Chine ou au Japon.
Heureusement, les endomycorhizes sont présentes dans les stades juvéniles de la forêt. Nous pourrons nous appuyer sur ces plantes pour construire de nouvelles trames8.

Techniquement, nous rechercherons à faire évoluer nos massifs forestiers d’une trame à l’autre. Ceci peut nous orienter vers la conception d’itinéraires de juvénilisation de nos massifs forestiers.
C’est ce qui se passe derrière un chablis ou une coupe rase : l’adaptation d’un sol nu, à très forte minéralisation et la destruction de la matière organique permettent l’émergence des ronces à endomycorhizes sur laquelle un nouveau type de forêt pourra émerger.9

C’est ce qu’on observe dans le Nord-Est de la France, dans de nouvelles formations végétales qui succèdent au dépérissement, ou qui s’installent dans les coupes forestières en périphérie des massifs.

Ronce intra forestière, créant dans les clairières des zones d’évolution à endomycorhizes.

Ronce péri forestière, créant une marge à endomycorhizes dans le pourtour de la forêt

C’est aussi ce qui s’observe suite au tempêtes de 1999 dans de nombreux massifs recolonisés par des ligneux à endomycorhizes pionniers ou des fruitiers sauvages.

Suite à une tempête : régénération spontanée de l’ancienne forêt à ectomycorhizes par une forêt pionnière en endomycorhizes

Les processus de conversion font intervenir plusieurs mécanismes écologiques. Il nous faudra veiller à ce que chacun d’eux puisse s’exprimer. Bien sûr, nous ne connaissons pas encore tous les processus de conversion. Mais ceux que nous avons identifiés, nous savons qu’ils existent.

Massif à endo- et ectomycorhizes d’érables dans des massifs en ectomycorhizes : résineux à gauche et feuillus à droite.
Remarquez les écotones larges (zones où interfèrent abondamment les différents peuplements) – Canada
 
 
En périphérie : une forêt alluviale à endomycorhizes, soutenant un foyer d’arbres à ectomycorhizes centré autour d’un vieux chêne (au centre de la photo). Vallée du Rhône
 

3 – Les bioclimats français évoluent, certains disparaissent

Différents types d’études nous montrent 10:

  • une méditerranéisation de nos forêts de la moitié sud de la France,

  • une disparition des groupes forestiers ectomycorisiens des Vosges, du Jura et du nord du massif central,

  • une hétérogénéisation de la diversité forestière dans la partie sommitale du massif central, ainsi qu’une zone de refuge climatique pour la plupart des biotopes nationaux.

  • un maintien des biotopes de la zone littorale

La méditerranéisation est une très ample transformation : nouvelles espèces et nouvelle organisation de l’espace.
La futaie pourra évoluer vers le matorral. Le matorral désigne une formation végétale basse ou élevée de communautés pyrophytiques, d’espaces ouverts ou couverts, qui se distingue des forêts et taillis sombres, des pelouses herbeuses et des prairies sèches.
Il constitue le stade d’une succession régressive due au passage récurrent du feu, correspondant généralement à un écosystème forestier dégradé, parfois à un réembroussaillement d’anciennes pâtures ou de terres cultivées laissées à l’abandon11.
Ces mêmes espaces, gérés différemment pourraient évoluer vers le même style de forêts que par exemple, celles du sud du japon qui contiennent beaucoup d’essences fruitières. Les bio-climats océaniques progresseront énormément en France et laisseront des opportunité d’évolution forestière intéressantes mais qui nécessiteront une révision profonde du type d’exploitation, car les résineux n’y prospéreront plus avec la même facilité et que le mélange entre espèces ecto- et endomycorhiziennes devra faire évoluer l’outil de transformation.
Le gros coup dur concerne les forêt des Vosges, du Jura et du nord du Massif Central : ce type de végétation n’existera plus en France et sera diversement remplacé.

4 – L’expérimentation

4.1- « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve » 12
Les émergences de nouvelles trames vont apparaître dans ce qui meurt. La mort est la condition à la fois primordiale et ultime de l’évolution.

Pour cela, le moindre chablis, la moindre zone de dépérissement, la moindre coupe, sont à envisager comme des lieux d’expérimentation où la nature va commencer à faire émerger les associations de micro-organismes adaptés au territoire et, même, à la parcelle.
Et c’est dans ces chablis, que nous laisserons en régénération naturelle, que nous associerons des collections d’arbres que nous envisageons comme des arbres d’avenir.Les plus adaptés deviendront les futurs semenciers du domaine : cormier, merisier, poirier, alisier, sorbier, sureau, sont souvent présents et pourront être plantés dans ces zones.
On pourra même protéger et clôturer ces chablis pour éviter qu’ils ne se fassent dévorer par les chevreuil.
On peut penser que plus la zone de dépérissement est importante, plus la zone à laisser en libre évolution devra être importante et protégée…
Il convient de borner ces zones et de les identifier dans les cartes des plans de gestion administrés par le CRPF.
Ces zones pourront être enrichies de nouvelles espèces mais seront exploitées à minima, voire pas du tout, en veillant à laisser émerger de très vieux arbres.

Dans les Forêts Primaire, on rencontre un viel arbre par hectare et un très viel arbre (plus de 300 ans) par kilomètre carré.

Ensuite nous pourrons créer des corridors endomycorhiziens :
Quelles que soient les espèces choisies pour les replantations, il conviendrait de créer un bocage forestier endomycorhiziens autour des cultures d’arbres ectomycorhiziens.
Ces corridors constitueront une ébauche à partir de laquelle le déploiement de la nouvelle trame pourra s’opérer dans l’avenir13.

A quoi ressembleront les nouvelles plantations ?

La biomasse de la nouvelle forêt va contenir de plus en plus « d’autres arbres ».
Il ne s’agit pas de tout changer, mais qu’une partie :
1 rang sur 2, sur 3 ou sur 4 : 50 %, 30%, 25%
Plus les situations seront difficiles, plus nous pourrons diversifier.


Et plus tard, nous lirons les anciennes monocultures forestières exploitées en coupe rase, comme une forêt pionnière.

Et nos arbres ectomycorhiziens survivront car ils commenceront à laisser de la place à d’autres essences nouvellement adaptables.

 

 

4.2 – Deux autres alliés : l’évolution des gènes et la révolution épigénétique

La génétique, c’est l’ensemble des caractéristiques héritées de nos ancêtres.
L’épigénétique, c’est l’ensemble des caractères qui s’adaptent aux situations, aux évolutions et aux mutations du milieu.
Génétique et épigénétique sont transmis par les parents.La première témoigne d’une certaine stabilité liée à l’espèce.
La seconde rend compte de l’adaptation liée à l’individu et à la lignée.

Les arbres les mieux conformés ont en eux une génétique et une épigénétique particulièrement adaptées au lieu. Ces 25 dernières années, ils ont vécu et surmonté 4 graves sécheresses, 2 tempêtes, des attaques de parasites, des gels tardifs et ils ont même évité la foudre.
Ils ont en eux les outils et les relations qui leur donnent cette résilience.
Ils sont aussi porteurs d’une productivité confirmée.
Lors de chaque coupe nous veillerons à garder un très bel arbre par hectare, et peut-être aussi ses proches voisins, surtout s’il s’agit d’autres espèces.
Ils deviendront les futurs semenciers du domaine.
Nous pourrons quelquefois traiter leur abords sur quelques ares comme pour les chablis, en y introduisant de la diversité et en laissant émerger la diversité offerte par le lieu.

4.3 – Les vieux arbres

Il y en a déjà quelques-uns dans le domaine. Ils seront la conséquence du point précédent.
Certains d’entre eux devront vieillir jusqu’à peut-être mourir de vieillesse, pour autant qu’un arbre puisse réellement vieillir.
Dans les écosystème matures, âgés, se joue une prodigieuse augmentation de la biodiversité, qu’il s’agisse de bestioles visibles ou de plantes, mais aussi de micro-organismes.Ces derniers représentent quand même 98 % de la biodiversité microbiologique d’une forêt.
C’est à partir de ces écosystèmes matures que naissent les relations, les adaptations et d’une façon générale les évolutions.
Il serait de bon ton d’offrir aux vieux arbres la compagnie de l’ensemble des essences forestières du domaine.
Leur laisser leurs proches compagnons qui les entourent de longue date, et autour de ce petit bosquet, d’y adjoindre une parure composée de toute la diversité de ce que nous souhaiterions cultiver.
Les mettre côte à côte pour qu’ils apprennent à vivre ensemble. C’est ainsi que se constitueront des hotspots de biodiversité.

 

4.4 – La Vie est un mouvement  …

A l’image des migrations animales, où les oiseaux oscillent saisonnièrement entre différents lieux, prenant des chemins étonnants qui se perpétuent année après année.
Les oiseaux transportent avec eux les inoculums qui adaptent progressivement le milieu.
Venant du sud, ils apportent avec eux les microbiotes de l’aridité.
Repartant vers le sud, ils transfèrent les trésors de ce que l’année aura fait émerger.A plus petite échelle, nos forêts sont parcourues par une faune qui, allant de vieil arbre en vieil arbre, dispersent les micro-organismes et adaptent leur lieu de vie au climat.
Ces corridors doivent amener cette vie jusqu’au cœur de nos parcelles.

Plusieurs approches sont à inventer. Leur objectif consiste à créer des corridors biologiques, constitués de la flore locale et d’éléments plus méridionaux ou de plus basse altitude, en insistant sur les essences à endomycorhizes, ainsi qu’en y laissant un sous-bois dense capable de générer plus de fraîcheur :

  • semer, planter, diversifier les abords des chemins que nous parcourons nous-mêmes : ceci créera une trame diversifiée, joyeuse, visitant les vieux arbres et les sites remarquables. La forêt y gagnera aussi en beauté.

  • Entourer chacune de nos parcelles d’un corridor diversifié, à l’image du plomb qui réunit toutes les pièces d’un vitrail,
    Créer du lien, de la solidité et de la résilience. Transformer nos anciennes mosaïques de peuplements forestiers en un solide vitrail.

Et rien n’empêche que, des enclos de régénération aux vieux arbres, ces chemins parcourent l’ensemble des écosystèmes ainsi que les écosystèmes alentours, traversant des peuplements d’âges variés, des clairières et quelques zones de plus en plus primaires.
Ces chemins peuvent aussi devenir les garants d’une bonne relation entre les milieux ouverts et cultivés et les milieux forestiers : une grande partie des auxiliaires, qui trop souvent manquent dans les champs, est issue de la forêt.

5- Se connecter aux grandes trames vertes, bleues, brunes (pour le sol) , noires (pour les chauve-souris) telles qu’elles peuvent être indiquées dans les documents d’urbanisme. Et pourquoi pas définir de nouveaux usages forestiers :

  • forêt à pâturer pour les troupeaux en été,

  • forêt trognée pour la production de bois énergie,

  • Pourquoi des trognes ? Simplement parce que leur productivité dépasse de 30% la productivité de la coupe à ras, qu’elles sont compatibles avec des peuplements animaux importants, et qu’elles architecturent le paysage remarquablement

6- Protéger :
avoir une attention particulière pour toutes les zones protégées, et respecter les cahiers des charges destinés à protéger les êtres rares qui y vivent.Pour les espèces les plus critiques, il faudra veiller à suivre les recommandations des écologues qui les accompagnent.

Voila les premières idées lancées.
Il y en aura sûrement d’autres…
Ce document est un document de travail qui demande à être perfectionné, n’hésitez pas à me faire parvenir vos observations, remarques et surtout améliorations. Pour les 15 années à venir, le travail à faire n’est pas insurmontable :

  • Dans les parcelles qui vont être coupées, laisser des semenciers (1 par hectare nous indique Ernst Zurcher),

  • Prévoir une bande en périphérie des parcelles en régénération naturelle spontanée,

  • Prendre conscience des futurs hotspots près des plus vieux arbres et des zones humides et y planter à proximité, ou en couronne, des collections de l’ensemble des essences cultivées sur le domaine

  • Diversifier les chemins existants en fruitiers, en clairières, en insistant sur la diversité des écosystèmes et des paysages.

  • Tenir compte du rôle sociétal de ces chemins et permettre différents usages partagés : glanage, cueillettes,

  • inclure un volet pédagogique : expliquer au grand public ce qui est réalisé

  • Suivre des indicateurs de résultat à partir des inventaires communaux de biodiversité (ICB) comme point de départ.

     

A terme, lorsque tous les peuplements auront été récoltés, les zones consacrées à l’adaptation et à l’évolution devront représenter 5, 10, 15, 20% de la surface du domaine… au fur et à mesure que la confiance grandira.

Il s’agit de se réconcilier avec la nature.

La Vie est belle

 

Notes :

1 K : Berthel Marie-Camille, Canet Alain, Cosneau Charles, Covès Hervé, Depret Bixio Isabelle, De Neuville Christine, Feradou Claude, Leconte Joëlle, Sr Cécile Marie d’Echourniac, Sr Elise Mariette d’Echourniac,

2 En référence à la prière liturgique de l’offertoire :« Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donne ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes ; Nous te le présentons, il deviendra le pain de la vie. »

3 L’étude est tellement citée, qu’on la trouve facilement en accès libre sur la toile

5 La plupart des références sont issues de l’ouvrage de Jeff Lowzenfels – Fertiles champignons – le guide de la culture organique avec les mycorhizes – 2018 . Les espèces y sont citée avec leur nom commun que nous avons reproduit ici.

6 Les références suivies d’un (x) proviennent de la bibliographie de Natacha LEROUX sur le site : permaforet.org

7 Climax : état optimal d’équilibre écologique.

8 La question est de savoir : comment évoluer d’une strate à l’autre ?

11 Matorral : ce terme de botanique (d’origine espagnole) rassemble des milieux similaires des régions méditerranéennes, généralement désignés par des termes régionaux, à l’exemple du maquis et de la garrigue en France, de la macchia en Italie, du phrygana en Grèce, du mato ou matagal au Portugal, du batha en Israël. Plus récemment, le terme est parfois utilisé pour désigner des formations végétales comparables hors des régions méditerranéennes ; à l’exemple du matorral chilien, et de formations végétales similaires au Mexique, aux États-Unis ou en Australie.

12 La formule du poète Hölderlin est souvent utilisée par Edgar Morin

13 Les études physiques du changement de phase, comme par exemple les motifs de Turing, peuvent nous suggérer des motifs d’implantation de notre trame endomycorhizienne dans la trame ectomycorhizienne actuelle. Ces géométries particulières favorisent physiquement la mutation.

14 Il nous faudra trouver à définir avec justesse ce que l’on entend par bien commun lorsqu’on est propriétaire d’une parcelle